mes-ecritsUn aventurier tranquille 

jeudi 23 octobre 2014 par eclia nouvelle
Un homme avançait, seul, sur une route de bitume brûlant, chauffé par la chaleur ambiante. Il semblait marcher depuis longtemps. Peut-être des jours, voire des mois, s'étaient écoulés lors de son départ. Son visage fatigué et endurci témoignait de cela. Les gens qui le croisaient ne lui adressait pas un "bonjour", ne le regardait même pas. Certains même manquaient de le bousculer. Les rares voitures qui passaient, allant vite, ne s'arrêtaient jamais. L'homme avait sombré dans l'indifférence générale, invisible aux yeux des autres, continuant son bonhomme de chemin, allant on-ne-sais-où, mais n'abandonnant jamais.

Il n'était pas bien équipé : un sac empli de vêtements, de quelques victuailles et d'une petite carte lui suffisait amplement. Une gourde était accrochée à sa ceinture, qu'il gardait toujours avec lui, comme un trésor dont lui seul connaissait la véritable identité, ou alors simplement un porte-bonheur.

La chaleur éreintante le faisait suer à grosse gouttes, mais ne ralentissait pas sa cadence plutôt tranquille. Il n'avait pas l'air bien pressé, s'arrêtant de temps en temps pour admirer le paysage magnifique que procurait les grandes dunes, d'un sable fin, composant le désert où il cheminait. Il n'avait pas l'air de souffrir, bien au contraire. Chaque petit pas fait, chaque regard, petit intérêt donné à un objet abandonné çà et là, avait l'air d'être pour lui une délivrance, à en juger le petit sourire qu'il gardait, quoi qu'il arrivait, sur son visage.

L'homme n'avait pas l'air triste. Il profitait de chaque instant, chaque secondes qui l'éloignaient un peu plus de sa vieille vie morne, sans intérêt, sans cette saveur épicée qui fait que l'on aime ce qu'on vit, jour après jour, sans s'en lasser. Elle n'était pas extraordinaire. Elle était totalement... normale, ce qui la rendait dénuée de tout intérêt, et parfois même de sens. Il n'était pas handicapé, pas fou, ni même un peu malade. Il n'avait jamais été kidnappé par une sombre organisation, il n'était jamais devenu riche grâce à un réseau social ou à un nouveau concept d'ordinateur, de téléphone ou même de jeu vidéo. Il travaillait dans un magasin, se contentant de vider des palettes et de remplir un rayon quelconque, afin de gagner une paye avoisinant dangereusement le SMIC. Il se levait chaque matin avec un bon café, devant un livre, et se couchait chaque soir avec l'espoir que le lendemain serait un peu plus productif ou coloré.

Mais voilà, ce qui n'allait pas avec cette vie de boulot-métro-dodo, c'est qu'il s'ennuyait. Terriblement. Chaque jour était pour lui un véritable supplice, un même jour qui se répétait, inlassablement, la seule différence étant les paroles de ces chefs et le temps qu'il faisait. Petit, il ne s'imaginait absolument pas comme ça. Il rêvait de voyages, d'évasion et d'une vie de bohème. Il rêvait de découvertes, de beauté et de partage. Et l'enfant qui était resté en lui, de temps en temps, le titillait toujours un peu avec ça, mais il n'avait jamais les moyens de s'offrir un beau voyage et de beaux souvenirs en prime.

Un jeudi pluvieux, une grosse colère monta en lui. Toute cette lassitude, cette impuissance ressentie quant à sa vie explosa, et il décida, du jour au lendemain, de vendre son appartement, ses meubles, de garder quelques affaires, et avec l'argent gagné, de partir, n'importe où. Quitte à commencer une errance sans fin. Il préférait mille fois cela que de mourir avec un remord terrible de n'avoir rien fait de sa vie.

C'est ainsi qu'il s'était retrouvé dans le sud du Maroc, dans le Sahara. C'était un voyage qui ne lui avait pas coûté bien cher, mais qui lui suffisait amplement. De plus, il savait qu'il n'allait pas rester ici éternellement, il avait déjà sa petite idée derrière la tête pour réaliser son plus grand rêve : faire le tour du monde. Et il allait y arriver, c'était une conviction. Le tout sans argent, et surtout, sans se presser, en profitant de son rêve d'enfant ainsi réalisé, petit à petit, et d'un retour à une vie certes solitaire et extrême, mais oh combien plus saine que de rester enfermé entre quatre murs et se gaver de chocolat devant une série de télé-réalité pourrie.

Et il marchait. Sans vraiment de but, si ce n'est que de fuir son ancienne vie monotone. Il traversait le Sahara par la route, afin de rester près des villes où il pouvait voler un peu de nourriture, ou en quémander à quelques gentils habitants.

Vous l'avez peut-être déjà rencontré, cet homme. Invisible et solitaire, marchant dans une quelconque forêt ou même en plein désert... Mais ce qui est sûr, c'est que vous ne lui avez pas adressé la parole, pas une seule fois. Vous avez fait comme s'il n'existait pas, afin de ne pas troubler votre petite vie monotone avec les récits de cet aventurier tranquille.
Répondre
À propos

photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

Rechercher
Connexion
Avec Facebook Connect
 Login Facebook
Ou avec vos identifiants
Enregistrer. Mot de passe perdu