la-sourceLa source - chapitre 9 - négociations et histoire nocturne 

vendredi 01 mai 2015 par eclia fantastique

– Tu rigoles ?!
Clem s'était arrêté net, mais sa stupéfaction laissa vite place à la colère sourde qu'il éprouvait auparavant.
– Pas le moins du monde.
La jeune femme était sérieuse. Elle n'avait réellement plus envie de manquer de mourir. Elle avait frôlé les portes de la mort et ne voulait plus y avoir affaire avant longtemps. L'effroi et l'impuissance qu'elle avait ressentie l'avait changée. Elle qui auparavant aurait refusé catégoriquement d'apprendre l'art de se battre, et même de tuer ailleurs que dans ses nouvelles, elle ne s'y refusait plus maintenant. Elle sentait qu'en ce monde, celui qui ne savait pas se défendre ou n'avait pas de compagnons forts ne vivait pas très longtemps, et elle avait horreur de faire partie des faibles. Davin et Clem seraient bien assez nombreux pour défendre la femme-loup, l'humain et le galnyr. Evlyn, elle, était de trop. Elle le sentait.
– Tu te rends compte de ce que tu me demandes, au moins ?
L'elfe fronçait les sourcils. Il n'avait pas l'air très réceptif à l'idée, ce qui compliquerait la tâche de l'Errante. Cette dernière soupira bruyamment avant de lâcher :
– Bien sûr que je m'en rends compte ! J'en ai marre d'être faible, tu comprends ? Je suis de trop ici, et ce depuis le début ! Je n'étais même pas dans votre groupe à la base. Je suis arrivée ici par la magie du Saint Esprit et on m'a entraînée dans cette expédition sans me demander ce que je voulais ! Alors je veux au moins me suffire à moi-même, et arrêter d'embêter tout le monde en ayant besoin des autres. Et comme je le disais tout à l'heure, j'ai pas envie de mourir à la première bête venue.
Elle avait dit tout cela dans un souffle, sans s'arrêter. Elle fit une courte pause avant d'ajouter, malicieuse :
– Et puis... Une personne de plus pour défendre tout ce petit monde, ce serait peu demander, non ?
– Je dois avouer que tu as raison sur certains points. Mais ne dis plus jamais que tu embêtes les autres ! --à ces mots, il la fusilla du regard, mais il était plus triste qu'autre chose-- Tu n'embêtes personne, et, même si tu as failli mourir, je te promet que cela n'arrivera plus. On était juste pas préparé.
– Et tu crois vraiment que l'on peut se préparer à un combat quand ce n'est pas dans le cadre d'un tournoi ou qu'on ne l'a pas décidé à l'avance ?
Cette fois, l'elfe a baissé les yeux, vaincu.
– Je... Je ne sais tout simplement pas quoi te répondre. J'aimerais te dire que oui, mais malheureusement l'imprévu est de mise dans ce genre de choses...
Evlyn lui avait coupé la parole, consciente qu'elle avait toutes ses chances et qu'il ne fallait surtout pas manquer l'occasion.
– Donc tu reconnaîtras qu'il vaut mieux que j'apprenne l'art de l'épée et que je sauve ma vie plutôt que d'attendre lâchement que je meure, avec l'espoir irréaliste que je puisse rentrer chez moi en un seul morceau.
Cette fois, elle sentit qu'elle avait gagné. Clem cherchait ses mots, lâchant de temps à autres quelques bribes de phrases incompréhensibles. Les seuls mots qu'elle comprit était "femmes", "épée" et "éthique". Elle lui lança un regard interrogateur.
– Parle plus clairement, je comprends rien à ce que tu bafouilles !
Ce dernier secoua la tête.
– Rien. Fais comme si tu n'avais rien entendu.
A ces mots, il accéléra d'un coup. Le groupe était visible au loin, toujours en marche. Evlyn comprit qu'il fallait qu'elle conclue "l'affaire" très vite.
– Alors, tu m'apprends ?
– Bon... Je vais t'apprendre l'épée. Mais tu n'en parle à personne. C'est... Très mal vu ici. C'est notre secret. Vu que tu as l'air de vraiment le vouloir, je ne vois pas trop pourquoi je te refuserai ça plus longtemps.
L'Errante laissa échapper un cri de joie, et leva son poing vers le ciel caché par le feuillage. Elle ne dit rien de plus, et se contenta de hocher la tête, un grand sourire au lèvres. L'éclat étrange qu'il y avait dans son regard conforta Clem dans sa décision. Elle ne dirait rien à personne, déjà trop heureuse de sa victoire. Se vanter ne lui servirait absolument à rien.

Bientôt, ils arrivèrent au niveau du groupe. Lyanna leur sourit en les voyant arriver, se gardant de demander pourquoi ils avaient pris autant de temps avant de revenir. De toute façon, les deux compères avaient l'air de ne pas vouloir parler.
Davin ne les remarqua même pas.

Ils sortirent de la forêt le lendemain, vers midi. Le décor changea du tout au tout, laissant place à une vaste plaine agricole. Quelques petites maisons avaient été bâties au milieu des champs, totalement nus en cette froide saison. Les bruits significatifs de quelques animaux indiquaient que certaines maisonnettes étaient des étables, des bergeries, des porcheries, et bien plus rarement, des écuries. Au loin, elle aperçut un grand mas à côté de terres énormes. Les paysans les plus influents de l'endroit devait habiter ici.
Tout respirait le calme, la campagne et le fumier fraîchement ramassé. Rien à voir avec la forêt sombre et effrayante qu'ils avaient quittés. Le jour et la nuit.

Les maisons lâchaient des effluves de nourriture alléchante, qui affamèrent très vite nos compagnons.
Davin s'arrêta à une maison un peu abîmée, et dont le toit n'était plus de première jeunesse.
– Un vieil ami habite ici. Nous allons manger et y passer la nuit. Nous essaierons aussi de trouver de quoi soigner Evlyn et Blorm. Il y a peut-être un soigneur dans le coin.
Il frappa à la porte et un homme dans la trentaine ouvrit la porte.
– Ah, Davin c'est toi ? Entre, entre, ça fait tellement longtemps que je ne t'ai pas vu ! Et fait entrer tes amis aussi – il s'adressa à eux brièvement – Bienvenue chez moi ! Je me nomme Eldric. Enchanté de faire votre connaissances, amis de Davin !
Tous entrèrent et le guide s'entretint avec l'homme. Le petit groupe fût nourrit par sa femme. La nourriture était bonne bien qu'un peu rudimentaire.
Après un court moment, Davin revint et annonça à ses compagnons :
– Nous allons pouvoir dormir ici. Evlyn, Blorm, Eldric connaît un soigneur pas très loin d'ici. Nous irons le voir demain !
La jeune fille fût soulagée et remercia Eldric, qui se tenait à côté de Davin, souriant. Néanmoins, elle ne fit qu'un signe de tête cordial à l'homme.

Le soir venu, nos cinq compères furent rassemblés dans une petite pièce, meublée seulement de quelques tas de paille qui allait leur servir de lit et d'une armoire. Une petite chambre étroite et sombre mais qui était la bienvenue. Cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas eu un toit sur la tête durant leur sommeil.
Lyanna se coucha sur le dos, les bras croisés derrière sa tête, souriant de bonheur.
– Je suis heureuse de ne pas dormir à la belle étoile ce soir. La forêt, ça va un temps, mais ne pas avoir à craindre les bêtes sauvages et avoir un lit confortable, c'est mieux.
Le groupe rit à ses paroles. La femme-loup semblait avoir une joie communicative, et c'était la bienvenue après cette dure journée.
– Je suis d'accord avec toi, s'exclama Evlyn. Dans mon monde, on dort pratiquement toujours dans des lits, sauf quand on part camper. Nous ne sommes pas un peuple de voyageurs, et rares sont ceux qui partent passer la nuit dans des forêts dangereuses. Je dirais même qu'il n'y en a absolument pas ! Autant te dire que ces jours-ci étaient les premiers jours de ma vie où je suis partie en voyage comme ça. Vous avez l'habitude de le faire, ça, vous ?
– Les galnyrs restent confinés dans des grottes la plupart du temps, expliqua Blorm. Les animaux nous détestent et n'hésitent pas à nous faire du mal, même si l'animal en question est une minable petite souris. Pour sortir de là, c'est l’événement. Il faut qu'il se passe quelque chose de vraiment important pour qu'on parte dans la nature comme ça. Une pénurie de nourriture par exemple. – il soupira, avant de lâcher – Je peux remercier mes ancêtres.
– Que s'est-il passé avec tes ancêtres ? demanda Keln, toute ouïe et curieux.
– On ne t'as donc jamais raconté cette histoire ? Les premiers galnyrs arrivant ici ressemblaient en tout point aux humains. Ils vivaient à la surface, dans des petites maisons de terre. Le peuple était prospère et ne manquait de rien. Ils se nourrissaient principalement de petits animaux. Ils étaient très respectueux de la nature et remerciait chaque jour leur dieu, Mok, de les avoir conduits jusqu'ici. Leur ancienne terre était aride et infertile. Aucun animal ne pouvait être chassé l'été et la famine se pointait très facilement. Quand ils ont découvert les terres de Nylos, où vivent maintenant les humains, fertiles et au climat doux, je vous laisse imaginer leur joie. Bref, tout se passait bien jusqu'à ce qu'un hiver, un froid mordant s'empare de la région. Les flocons tombaient à flots et les proies se faisaient rares. En plus de cela, ils faisait beaucoup trop froid pour un peuple qui était originaire de climats chauds. Xan, un chasseur réputé venant de la capitale et très proche du roi, décréta que Mok les avaient abandonnés et qu'il n'était plus nécessaire de l'honorer, ni de respecter ses créations. Après tout, il fallait survivre. La voix de Xan fut perpétré dans toute la région, et bientôt, plus personne n'eut foi en ce dieu qui devint très vite méprisé, presque associé à un démon. Le peuple était en colère de s'être fait abandonné de la sorte, et bientôt, les chasseurs, toujours sur l'ordre de Xan, n'eût plus de respect envers les animaux. Ils chassaient tout ce qu'ils trouvaient pour nourrir leur village, ne se préoccupant plus de savoir si la femelle avait des petits où d'autres détails comme ça qui préservaient la contrée. Bien sûr, plus personne n'eut faim et la famine s'arrêta, mais la chasse intense continua et quelques espèces très prisées des galnyrs disparurent. Voyant ce massacre, le dieu de la contrée, qui est maintenant une divinité très aimée des elfes, Nylos, décida de jeter une malédiction aux galnyrs pour les punir de leur mauvaise conduite. Puisqu'ils méprisaientla nature, et plus que tout les animaux, qui de leurs plus gentils compagnons étaient passés à leur gibier attitré, sans qu'aucun respect ne soit en vigueur, ils allaient maintenant devenir leur pire ennemi. Le peuple fût très vite attaqué par tous les animaux, et fut contraint, pour la survie de l'espèce, de se cacher dans des grottes et de devenir végétarien. La faune restante a repris le contrôle de la forêt et depuis, nous vivons une sorte de guerre constante avec eux. Les quelques galnyrs qui, fidèles à leurs racines, vivaient toujours dans les contrées arides, furent tous tués par les animaux sans que ce ne soit leur faute. Depuis, nous vivons une guerre et une peur éternelle, et tout ça à cause d'un homme trop influent sur la communauté qui a tout bouleversé. Nous perpétuons aujourd'hui cette histoire afin que nos descendants ne fassent pas la même erreur que nos ancêtres et que la punition s’aggrave jusqu'au point de la destruction de notre race. Nous avons même recommencé à honorer Mok. Peut-être qu'un jour il lèvera la punition.
Le groupe était pendu à ses lèvres, ébahi. Plus personne n'osait prendre la parole. Ce fût Evlyn qui cassa le silence religieux qui s'était installé.
– Alors les dieux et les déesses existent vraiment alors ? En tout cas, je suis sincèrement désolée pour vous. Vous devez avoir une haine envers vos ancêtres et du ciel, ils doivent être honteux d'avoir mené un peuple prospère à la peur et à la guerre.
– On ne sait pas si les dieux et les déesses existent, expliqua Clem. C'est surtout la légende qui veut ça. Les animaux auraient très bien pu nourrir une haine sans précèdent à un peuple qui les pérsecute sans intervention divine. Il n'empêche que nous honorons nos divinités même s'il n'est pas sûr qu'elles existent. Elles apportent espoir à tous les peuples du monde.
Blorm s'occupa de la deuxième partie des paroles de la jeune femme.
– Nous nous ne méprisons pas tous nos ancêtres. Certains les portent en horreur, d'autres moins. Nous les respectons comme les défunts doivent être respectés, mais il est sûr que leur souvenir ne sert aujourd'hui qu'à effrayer les enfants turbulents et irrespectueux. Je pense que de là-haut, nos ancêtres ne sont pas si honteux que ça. Tu sais, ils n'ont plus à vivre tout ça de là où ils sont, et ont la paix éternelle. Je ne pense pas qu'ils s'occupent de savoir ce que leur peuple devient.
Lyanna regarda par la fenêtre. La nuit était tombée et la lune était haute dans le ciel.
– Je pense qu'il vaudrait mieux qu'on dorme. La journée va être bien remplie demain.
– Tu as raison, confirma Keln. Merci pour l'histoire Blorm, sincèrement. J'aime beaucoup qu'on m'en raconte, et je pense que les autres sont d'accord avec moi.
Les autres acquiescèrent, et bientôt, les bougies furent soufflées. Le silence se ré-installa dans le petit groupe et le sommeil les submergea.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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