la-sourceLa source - chapitre 7 - blessures 

samedi 21 février 2015 par eclia fantastique
Mal. Evlyn avait terriblement mal. Elle souffrait sur ton son corps. Pas une portion n'était épargnée. Presque comme si elle avait été un morceau de chair inerte vivante. Elle était dans le noir complet, sa seule compagne étant sa douleur fulgurante. Elle sentait de l'action tout autour. Des voix déformées mais qui lui étaient familières. Des objets posés ou encore qui tintaient.
La jeune femme tenta de reconnaître les gens qui parlaient autour d'elle, mais n'y arriva pas. Son cerveau n'était branché que sur sa souffrance, et n'arrivait pas à réfléchir calmement. Elle jeta l'éponge au bout de quelques minutes, s'arrêtant simplement sur le fait que les voix lui étaient familières.
Une pensée vint alors à son esprit. Peut-être était-elle morte ? Après tout, le coup que lui avait infligé le loup pouvait très bien la tuer. Peut-être était-elle en enfer, condamnée à entendre des voix pour l'éternité pendant que la douleur lui entravait tout ses mouvements, dans le noir complet... Non, c'était trop gros. Elle voulait bien qu'un monde parallèle existe, mais n'était clairement pas convaincue de l'existence d'une vie après la mort.

Elle essaya d'ouvrir les yeux, mais ils restèrent clos. Elle essaya de parler, d'appeler à l'aide, mais sa bouche ne s'ouvrit pas. Elle avait l'impression que ses muscles ne répondaient plus. Son esprit, son âme, semblait coincé dans un corps quasiment mort, où régnait souffrance ardente et impuissance sur les choses.
La jeune femme détestait cela au plus haut point. Elle voulait reprendre conscience d'elle-même au maximum, rouvrir les yeux et parler aux gens qui s'affairaient autour d'elle par intervalle régulier. Le mouvement des personnes, était, en effet, comme une ronde d'inquiétude. De temps en temps, elle entendait des bruits déformés, ce qui aurait pu être des paroles, puis elle sentait un oeil inquiet et doux se tenir près d'elle dans les moments de calme. Plus rarement, l'oeil changeait est était tour à tour plein d'espoir, empli de confiance, de culpabilité, ou, pire encore, d'une sorte d'impassibilité malsaine.
Pendant ces moments-là, sa souffrance semblait empirer. Son corps, sans qu'elle puisse l'en empêcher, esquissait quelques spasmes avant de revenir dans son immobilité. Elle pouvait presque voir des ombres inquiétantes danser. Là, elle se sentait vraiment morte. La façon dont le regard changeait les émotions et le mal-être était assez impressionnant.

Puis, soudain, elle ouvrit les yeux.

La première chose qu'elle sentit était le vent frais qui soufflait dans la clairière. Elle entendit le chant des corbeaux, cette mélodie sinistre, mais qui lui semblait envoûtante, qui hantait les forêts d'hivers. Elle avait dans la bouche un goût de verdure désagréable. Une odeur forestière lui vint au nez, une senteur de tronc et d'herbe gelée, mêlée à des champignons qui pourrissaient tranquillement çà et là. Et la première chose qu'elle vit fût l'oeil plein d'espoir de Lyanna.
Cette dernière esquissa un mouvement de surprise devant Evlyn qui se réveillait. Une grande joie montait en elle. Elle la contint fébrilement, fit un clin d'oeil rapide à la revenante et se hâta de prévenir les autres.

La jeune femme n'eut même pas le temps de sourire que la fille-louve avait disparu, et n'eût pas non plus le temps de se lever pendant le laps de temps où ses compagnons n'étaient pas là. Ces derniers, après l'annonce de Lyanna, s'étaient hâtés vers l'Errante avec joie. Ils se trouvaient maintenant autour d'elle, s'adressaient des sourires entre eux et riaient. Evlyn aurait voulu partager leur joie, mais elle ne s'en sentait pas capable.

La jeune femme partageait leur joie, qui éclatait en elle pendant qu'elle reprenait conscience de son corps. Elle se redressa et s'assit, fêtant avec ses compagnons sa "renaissance".

Puis d'un coup, sa souffrance revint. Elle prit conscience de la douleur de sa jambe gauche enveloppée dans un bandage bien serré. C'était le mal qu'elle avait ressenti dans son corps quelques heures auparavant, pendant qu'elle était inconsciente. Ce mal avait semblé se partager dans ton son corps, mais il n'était en fait que partiel, au plus grand soulagement de la jeune fille. Elle sentait d'autres petites plaies qui n'avaient pas l'air très profondes un peu partout sur ses bras, et sur ses joues. N'empêche qu'elle ne pourrait peut-être pas marcher avant un moment.

Elle étudia ses compagnons du regard. Clem avait quelques plaies qui n'avaient pas l'air superficielles et qui ressemblait à des griffures. Keln avait l'air de s'être plus pris de ronces que de s'être battu. Lyanna n'avait rien du tout. Blorm était peut-être le plus mal en point de tous. Son bras droit était aussi entouré de bandages, et il ne bougeait plus. D'autres petites plaies parsemaient aussi son visage. C'était presque à faire peur. Mais c'était son regard qui la toucha le plus. Son regard plein de culpabilité.

Elle se décida alors à demander :
-- Que s'est-il passé ?
Ce fut Clem qui raconta.
-- Comme tu le sais, nous avons été attaqués par une meute de loup. La peur à fait pousser des ailes à Blorm qui s'est enfuit --ce dernier détourna le regard, fébrile--. Le chef de meute t'a attaquée et tu t'es évanouie sur le coup. Lyanna et Keln sont partis à la suite de Blorm en espérant le retrouver plus vif que mort. Il ne restait plus que moi et Davin. Davin n'a rien fait du tout, et se contentait d'observer la scène. Dès que tu t'es évanouie, j'ai attaqué le loup, pensant que Monsieur allait me rejoindre, mais il n'a rien fait de cela. J'ai dû me battre une bonne demi-heure, et je m'en suis pas mal sorti. J'ai abattu le loup et je t'ai soigné grâce à mes quelques connaissances en médecine. Pendant que j'étais occupé, les trois autres sont revenus. Blorm était vraiment mal en point mais conscient, et, surtout, vivant.
Lyanna prit le relais.
-- Pendant que tu te faisais attaquer par le loup, moi et Keln sommes partis chercher Blorm. Keln a pratiquement passé son temps à se prendre les racines et les ronces dans sa course. Il faut dire qu'il n'est pas très agile, pour quelqu'un venant des champs ! --elle ria doucement-- Bref, j'ai pris les devants et on l'a retrouvé au milieu des loups. Je les ais dissuadé de toucher au galnyr en les menaçant dans leur langue. Ils se sont enfuis, et j'ai pu m'enfuir avec Blorm sans aucune égratignure. J'ai croisé Keln sur le chemin, et on est rentrés tous ensemble, soulagé. Autant te dire qu'on a eu du boulot avec deux blessés "graves" !
Evlyn était soulagée.
-- Je pensais que personne ne s'était battu et que le loup s'était détourné de moi par lassitude. J'étais vraiment en colère quand le loup était prêt à m'attaquer mais que personne ne venait. Tout le monde avait l'air de s'en fiche éperduement...
Clem lui coupa la parole.
-- J'atttendais le signal de Davin, mais il n'est pas venu, alors j'ai fini par prendre les devants. Si ça n'aurait tenu qu'à moi, tu ne serais pas blessée et Blorm non plus.

Un silence de mort s'abbatit d'un coup dans le groupe de jeune gens. Evlyn s'aperçut alors que quelqu'un manquait à l'appel.

C'était leur guide. Le regard impassible qui l'avait tant fait souffrir. Celui qui n'avait pas défendu. Davin.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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