la-sourceLa source - chapitre 4 - interrogatoire 

vendredi 16 janvier 2015 par eclia fantastique
La nuit était tombée depuis une bonne heure quand ils y arrivèrent enfin. Comme Evlyn s'y attendait, la petite ville était typiquement médiévale. Des maisons à colombages se dressaient sur des chemins de pavés où circulaient quelques passants revêtus d'habits d'époque, qui, en cette heure tardive, se rendaient peut-être à un quelconque évènement ou tout simplement rentraient chez eux. Les cheminées rejetaient une fumée assez épaisse, qui constellait le ciel étoilé. Quelques arbustes se tenaient çà et là, afin de donner un peu de végétation à la ville. On pouvait aussi apercevoir quelques marchands fermer boutique et nettoyer leurs échoppes. D'appétissantes odeurs jaillissaient de quelques maisons où le repas était en train d'être cuisiné. La jeune femme était vraiment remontée dans le passé. Tout semblait vrai, beaucoup trop vrai même. Elle en était émerveillée et extrêmement nerveuse en même temps, et fît moult efforts pour paraître un tant soi peu normale face aux passants, qui la regardait parfois avec une suspicion non-dissimulée.

Davin l'accompagna jusqu'à une place où trônait une jolie fontaine encore en activité à cette heure tardive, en face d'une auberge.
- Vous n'avez qu'à dormir ici, je vous paie la chambre. Ensuite... je vous propose de venir vous chercher demain matin, et nous irons ensemble vous enregistrer en tant que voyageuse à l'hôtel de ville. Ulciel contrôle les allées et venues. Ils sont très à cheval sur ça, et d'autant plus depuis certains accidents que je ne prendrais pas la peine de détailler maintenant.
Evlyn hocha la tête, prit les pièces d'argent que lui tendait le guerrier et poussa la lourde porte de frêne de l'auberge. Elle avait l'impression de voyager dans ses nouvelles, même si ce n'était pas vraiment le même monde. Sa nervosité et sa peur avait disparues, et elles laissaient place à une curiosité et une soif de découverte qui la rongeait, et dont elle ne se débarasserai pas avant longtemps. "Tout compte fait, pensa-t-elle, j'ai peut-être eu de la chance dans cette histoire. J'ai gagné un voyage gratuit. Et dans le passé, qui plus est, pile à mon époque favorite !"

Elle se rendit très vite à la réception, où l'attendait l'aubergiste qui nettoyait quelques chopes à son comptoir. Il avait une grosse barbe noire et des cheveux hirsutes. Le parfait cliché de l'aubergiste, ce qui fît rire un peu la jeune femme, qui ne montra néanmoins pas son amusement afin de ne pas blesser ce dernier.
- Bonsoir. Pouvez-vous me réserver une chambre ?
L'aubergiste sembla étonné de se voir demander une chambre par une femme, puis reprit ses esprits, posa ses chopes et son chiffon et consulta un gros livre où il consignait sûrement toutes les allées et venues dans son établissement.
- Une chambre comment, ma p'tite dame ? Un lit ? Deux lits ? Une vue sur la place ? Une vue sur la vallée ? Dites-moi vos préférences. J'ai tout ce qu'il vous faut.
- Juste un lit, et puis c'est tout, je ne demande pas grand chose. Je ne suis qu'une simple voyageuse, vous savez. J'ai juste besoin d'un endroit où dormir, et demain je partirai vers d'autres horizons.
L'homme parut encore plus étonné mais le cacha autant qu'il le put. Elle devait venir d'un endroit reculé et ne connaissait pas les coutumes du pays, c'est à dire que les femmes ne voyageaient pas seules. Il ne lui fît aucune réflexion, consulta son livre et finit par tendre une clé à la jeune femme.
- Chambre 12. Vous montez les escaliers et c'est tout au fond du couloir, à gauche. Bon séjour parmi nous, vous paierez demain matin, puisque vous me dites que vous ne restez que cette nuit.
Elle hocha la tête, remercia l'aubergiste, prit les clés et monta à l'escalier.

Quand elle y arriva, un grand couloir où se tenaient de multiples portes s'ouvrit à elle. L'auberge avait l'air d'être assez grande pour une petite bourgade. Beaucoup de voyageurs devaient passer ici. Tant mieux. Elle chercha la chambre 12 et finit par la trouver sans trop de difficultés. L'aubergiste avait été clair.
Elle ouvrit la porte et découvrit une pièce meublée d'un lit qui avait l'air d'être de bien piètre qualité, surmonté d'une couverture épaisse et d'un petit coussin, d'un petit coffre où mettre ses affaires et d'un bureau accompagné d'un petit tabouret en bois, ainsi que de quoi écrire. Cette dernière chose fût très bien accueillie par la jeune femme qui, sans attendre, s'assit au bureau et conta sa journée dans son carnet qui avait séché, à la lueur d'une bougie. Elle avait un peu de mal avec la plume, mais ça avait l'air d'aller et son écriture n'était pas trop illisible. Ce jour devait être retranscrit. Il était tellement... fou ! Quand elle rentrerait chez elle, elle aurait de quoi raconter, au moins, et ce carnet sera la preuve de la véractité de ses dires. Si on ne l'accusait pas d'avoir tout inventé et d'avoir fabriqué sa preuve elle-même, du moins, ce qui était fort probable vu le peu d'imagination dont faisait preuve son entourage.
Elle y passa une bonne heure, et se coucha tard, à en juger par la lune qui était maintenant haute dans le ciel. Elle avait vécu une journée riche en émotion, et n'eut aucun mal à s'endormir malgré le lit inconfortable. Elle avait hâte d'être le lendemain. Davin se montrerait-il un peu plus sympathique ? Arrêtera-il de lui poser des questions ? Comment allait se passer l'enregistrement ? Elle avait mille questions en tête et finit par en rêver, d'une manière totalement équilibrée entre les deux extrêmes, comme il était assez rare d'en faire...

Le lendemain matin, après avoir rassemblé ses affaires et payé l'aubergiste, Evlyn attendit Davin devant la fontaine, sur un petit banc en pierre. Elle espérait qu'il allait venir. C'était la seule personne qu'elle connaissait en ce monde, et, même si elle ne lui inspirait pas vaiment de la sympathie, il avait le mérite de l'avoir trouvée et de la supporter. Ce qui était plutôt rare.
Il finit par arriver, en armure, ce qui différait de la première fois où elle l'avait vu, à moitié torse nu. Il tenait son casque à bout de main, et derrière son dos était accrochée une épée dans son fourreau d'or et de rubis, qu'il avait dû troquer contre sa hache, ce qui n'était pas plus mal. "Il doit être sacrément haut gradé pour avoir une épée comme ça" pensait Evlyn. Il lui fit un mince sourire, que lui renvoya la jeune femme. Il avait l'air anxieux et nerveux.
- Bonjour ! s'exclama-t-elle en l'apercevant. Vous m'avez l'air bien stressé... Quelque chose ne va pas ?
- Ce n'est rien... répondit brièvement l'homme. L'observatrice ne chercha pas plus loin. Il devait avoir des problèmes de famille, ou s'était fait gronder par son supérieur... Sûrement rien de dramatique.
Il se tut un moment, puis termina sa phrase :
- Bon, allons-y. Il vaudrait mieux aller vous enregistrer vite avant que ce ne soit trop tard. On en a pas pour très longtemps. Suivez-moi. Je vous laisserai partir ensuite.
Davin se mit directement en route, sans attendre la jeune femme qui le suivit. Consciente de l'anxiété de l'homme, elle resta silencieuse, et la balade fût plutôt morne. A défaut de parler, elle observait tout de même ce qu'il se passait autour d'elle. Des femmes, de tous âges, étaient déjà affairée à laver le linge dans la fontaine de la place publique. "Le lavoir doit être bondé" pensa Evlyn. Elle vit aussi le soleil se lever péniblement sur la petite bourgade, éclairant d'une douce lumière les maisons alignées au bord des petits chemins. D'autres femmes s'affairaient devant le perron de leur maison, à laver les vitres ou a balayer l'entrée. De délicieuses effluves fuyaient des fenêtes grandes ouvertes des maisons pour se balader au gré de la brise avant que le froid n'arrive. On voyait de temps en temps une charrette passer, remplie de foin et menée par deux chevaux musclés, contrôlés par leur maître, un paysan très certainement, bien que plutôt riche pour son grade. C'était une ambiance très calme et sereine qui ravit la jeune femme. Le Moyen-Âge n'était pas que guerre et sang, il avait aussi eu des périodes paisibles, où tout le monde menait sa petite vie, comme là. C'était ses périodes préférées. On en parlait jamais assez.

Ils arrivèrent bientôt à ce que l'homme appelait "l'hôtel de ville". En vérité, ils étaient passés devant le véritable bâtiment quelques minutes plus tôt, mais Evlyn, trop affairée à se rincer l'oeil, ne l'avait pas remarqué. Cet "hôtel de ville" ressemblait en tout point à une maison normale, à l'exception d'un signe étrange peint sur la porte d'entrée. Une grande épée, pointe vers le haut, était entourée de petites étoiles semblables à celles qui parsemaient le ciel. On pouvait apercevoir, au fond, une chaine de montagne tracée de façon à ce qu'elle soit à peine visible. Les fenêtres étaient barricadées et l'endroit ne semblait guère accueillant.
- Voilà l'hôtel de ville. Entrez, proposa l'homme à Evlyn, qui regardait, perplexe, la façade du bâtiment. Alors c'était ça, leur hôtel de ville ? Il ne donnait pas du tout envie d'y entrer.
La jeune femme entra et se retrouva dans une pièce assez grande, et, contre toute attente, assez propre. Un grand tapis, rectangulaire et de couleur orangée, faisait face à un comptoir ou une damoiselle, vêtue d'une robe assez fournie en fanfreluches, les attendait. Elle semblait jeune, elle devait avoir une dizaine d'années, pas plus. Encore une petite fille qui travaillait tant qu'elle pouvait pour subvenir au besoin de sa famille...Chose assez courante à cette époque-là, malheureusement.
Davin entra à son tour et se dirigea vers la jeune fille. Cette dernière sembla le reconnaître, le salua brièvement, écouta ce que l'homme lui dit tout bas, acquiesça, puis les invita à prendre la porte qui se tenait à sa gauche. Evlyn, qui observait ce manège avec étonnement, était en train de se demander si elle avait bien fait de suivre le cinquantenaire... Elle le suivit néanmoins et entra à sa suite dans la pièce attenante. Ce qu'elle y vit restera à tout jamais gravé dans sa mémoire...

Une grande table se tenait au centre de la pièce, qui était assez richement décorée. Des créatures étranges étaient assises sur des chaises, en face de la table. Il y avait de tout. Des humains aux oreilles pointues et aux yeux en amandes, des personnages étrangement pâles, s'enveloppant dans des voiles noirs, d'autres personnes ressemblant vaguement à des humains, portant des oreilles d'animaux et une longue queue touffue et des femmes ailées.
Tout ce cortège semblant tout droit sortir d'un carnaval intimida la jeune femme, et cette intimidation se fît encore pire quand on l'invita à s'asseoir parmi eux. C'était sûr, ce n'était pas un hôtel de ville... Mais qu'est-ce que c'était alors ? Une organisation ultra-secrète ? Une grosse blague ?
Davin s'assit aussi, glissa deux mots à l'homme aux oreilles pointues qui semblait diriger l'assemblée. Ce dernier acquiescça et le laissa se ré-asseoir.
- Bonjour à tous. Nous sommes aujourd'hui réunis pour une chose des plus importantes. Notre guerrier, Davin Yel, dit avoir trouvé cette jeune femme dans une forêt, seule, et vêtue de ces mêmes habits qu'elle porte aujourd'hui. Jeune femme, pouvez-vous le confirmer ?
- C'est... heu... exact... dis doucement la jeune femme, très mal à l'aise.
- Bien. Et vous pouvez aussi confirmer le fait que c'est lui qui vous a emmené ici, à Ulciel.
- Oui.
Le guerrier qui avait accompagné la jeune femme prit alors la parole.
- Si vous voulez mon avis, cette dame est étrange. Elle n'a absolument pas voulu me dire d'où elle venait. Elle porte un drôle d'accoutrement, et possède aussi une manière de parler assez... innapropriée pour une dame comme elle. Elle m'a sorti quelques petites choses, mais ça n'a aucun sens. J'ai une idée derrière la tête et c'est pour ça que je l'ai ammené ici... peut-être viendrait-elle... enfin vous voyez ce que je veux dire.
Le chef le considéra du regard et fixa alors la jeune femme dans les yeux.
- D'où venez-vous ? Et pas de mensonges.
Evlyn se sentit coincée. Elle avait l'impression que si elle avait le malheur de mentir, elle allait passer un sale quart d'heure. Les larmes aux yeux, elle finit alors par dire la vérité, non sans une petite pointe de colère. Un secret ne reste jamais secret très longtemps après tout.
- Bon, vous n'allez sûrement pas me croire, et je respecte cette optique... mais je vous assure que ce que je dis est vrai, cette fois. J'étais en train d'écrire dans un parc... heu... dans une sorte de... futur alternatif ? Mais pas vraiment futur non plus puisque il n'y a que des... des humains normaux là où je vis. Bref, j'ai vu une brèche dans un muret, et, trop curieuse, je suis allée en tâter le dessous. Ca avait une consistance plutôt argileuse, et je m'y suis retrouvée engluée, puis aspirée. Ensuite je me suis retrouvée dans cette forêt de sapins où j'ai erré jusqu'à ce que ce Davin me trouve. Je vous jure que c'est la vérité. Mentir ne me sert plus à rien après tout.
L'assemblée se fît soudain silencieuse pendant un instant. On pouvait entendre les mouches voler. Le guerrier avait l'air plutôt fier de lui, son hypothèse s'étant avérée juste. Une femme ailée choisit alors de briser le silence :
- Ce ne serait pas... enfin... Une Errante ?
- C'est possible, répondit le chef, en pleine réflexion. Vous dites avoir vu une brèche dans votre monde ? Dites-moi... vous regardez souvent ce qu'il se passe autour de vous ? Ou écoutez souvent ? Enfin... Vous vous servez plus d'un de vos sens que d'autre, qui s'est développé bien plus ques les autres ?
- C'est une de mes occupations favorites ! J'adore observer les gens et leurs coutumes ! s'exclama l'intéressée.
L'homme aux oreilles pointues fit les gros yeux avant de dire, d'une voix tremblante :
- Eh bien... C'est la première fois que j'ai un cas pareil ! Ecoutez. Un Errant est un homme ou une femme passant son temps à observer, ou à se servir beaucoup d'un de ses sens, comme vous. Il peut voir, entendre... une brèche dans son monde qui l'emmènera dans un autre. Il dispose... de... quelque chose... d'hors du commun, quand il arrive chez nous. Cette notion d'observation, d'écoute et même d'odorat font partie des premières choses que l'on apprend en premier dans l'initiation à... -il se tourna vers l'assemblée- enfin, vous voyez ce que je veux dire.
- Vous voulez dire... qu'on devrait l'emmener à la Source ? demanda timidement un homme à oreilles de renard.
- C'est exact. Elle dormira ici. Elle partira demain, dès les premiers rayons du soleil, avec les autres. Davin, votre prime vous attend dans votre chambre.
Ce dernier eût un large sourire. Il avait enfin la prime qu'il espérait tant et qui permettrait à sa petite famille de vivre correctement au moins quelques mois. Une lueur de soulagement luit dans ses yeux.
- Il y a d'autres Errants ?! Et c'est quoi, la Source ?! s'exclama la jeune femme, une tonne de questions lui venant en tête.
- Non, vous êtes la seule, ici, à Ulciel. Mais il y a d'autres personnes qui doivent partir à la Source. Vous n'êtes pas la seule qui possède... ce genre de pouvoirs. Ici, il y a quelques personnes qui l'ont. C'est presque normal, dans notre monde. Il n'y en a pas beaucoup, cela reste assez rare. Vous serez cinq, et Davin vous y emmènera. C'est notre meilleur guerrier. Et pour ce qu'est ce lieu, vous le saurez bien assez tôt, ne vous inquiétez pas. Vous êtes en sécurité avec nous.
La jeune femme en resta clouée sur place. Alors comme ça, elle avait hérité de pouvoirs d'un autre monde ? Excitant. Elle devra voyager avec d'autre personnes contre son gré ? Nettement moins excitant. Elle n'en était pas emplie de joie et préféra faire la moue à l'adresse du guerrier qui l'avait trouvée, dans l'espoir de changer le programme. Elle n'avait pas vraiment envie de voyager avec lui non plus. Elle soupira. Ce n'était pas aujourd'hui que les femmes auraient le droit de parler, et la voilà en train d'être emmenée à droite et à gauche, sans pouvoir protester !
L'homme aux oreilles pointues, remarquant sa moue, lui fit un bref sourire avant de demander :
- Quel est votre nom, jeune femme ?
- Evlyn. Je m'appelle Evlyn Jayn.
- Parfait. Le Conseil est levé, conduisez Evlyn à sa chambre, dans l'appartement des voyageurs, conclut-il avec un sourire.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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