la-sourceLa source - chapitre 3 - rencontre 

vendredi 09 janvier 2015 par eclia fantastique
Quelques minutes s'écoulèrent avant que l'homme n'arrive à la hauteur d'Evlyn. Cette dernière le regarda dans les yeux, silencieuse, partagée entre l'envie de s'enfuir et celle d'en connaître un peu plus sur cette personne. Son visage, ses bras et son torse nu étaient couverts de cicatrices. Il semblait, d'apparence, âgé d'une cinquantaine d'années. Dans son regard, elle lisait une certaine bonté, mais aussi quelque chose de plutôt peu attirant. Une sensation indescriptible l'envahit. L'inconnu semblait bon, mais elle sentait qu'il n'était pas si blanc que ça. Son allure générale lui inspirait un respect immense. Il avait dû voir beaucoup d'horreurs dans sa vie, à en juger ses cicatrices et ses autres blessures masquées par des bandages de tissu ensanglanté. Tout cela lui fît se sentir très petite face à lui, ce qui lui déplût. Elle détestait se sentir inférieure aux gens, qu'ils soient vieux, balafrés, ou même armés. Quoique la hache qui logeait dans la main de l'homme, maculée de sang séché, lui faisait accepter l'idée assez facilement. L'homme l'observait aussi et esquissa un petit sourire à son intention. Il avait l'air partagé entre un grand étonnement et un soulagement assez étrange, comme s'il avait trouvé quelque chose qu'il cherchait depuis longtemps... Evlyn, un peu intimidée, lui rendit machinalement son sourire avant de parler :
- Bonjour, je me suis perdue dans cette forêt. Auriez-vous la bonté de m'indiquer la direction de la ville la plus proche ?
- C'est bien la première fois que je vois une jolie demoiselle comme vous dans une forêt. Je suis justement en route pour Ulciel, la ville la plus près d'ici. Vous pouvez m'accompagner si vous le voulez. Vous n'avez pas l'air d'être d'ici, répondit-il brusquement en souriant un peu plus largement.
- En effet, je ne suis absolument pas d'ici, marmonna-t-elle, les yeux dans le vague. Mais comment puis-je vous faire confiance ? Je ne vous connais pas, et, après tout, vous pourriez très bien me kidnapper et faire je-ne-sais-quoi de moi.
L'homme sembla d'abord étonné de la méfiance de la jeune femme, puis soupira avant de fouiller dans la poche gauche de son pantalon en cuir troué de part en part. Il en sortit une sorte de médaille en or et lui montra.
- Je suis Davin Yel. Un des généraux qui constitue l'armée de notre bon Roi, Gavin III.
Evlyn resta interdite face à cette déclaration. Un roi ?! Elle n'était assurément pas en France, ça, c'était sûr. Elle n'avait pas vraiment l'air de rêver. Tout semblait beaucoup trop vrai pour être réel. L'homme qui se tenait devant elle n'était pas du tout habillé à la mode d'aujourd'hui, mais plutôt revêtus d'habits très anciens... un détail qu'elle n'avait jamais remarqué avant. Et ce "pays" était gouverné par un roi. Elle n'arrivait pas à y croire. C'était impossible.
Elle remarqua alors le regard étrange de Davin, qui semblait partagé entre une immense satisfaction et un étonnement toujours plus grand. Elle finit alors par lâcher avec un soupir :
- Bien. Vous n'avez qu'à m'y emmener. Si vous faites parti de l'armée du Roi, c'est qu'il y a une raison. C'est loin d'ici ?
- A une dizaine de kilomètres. On sera arrivés à la nuit tombée.
Cela n'enchantait guère la jeune femme, qui avait l'habitude de parcourir une dizaine de kilomètres en un peu moins de cinq minutes grâce à sa voiture, mais il fallait s'en contenter. Elle avait aussi un peu de mal à faire confiance à cet homme et gardait sa méfiance en elle. On ne pouvait pas savoir ce qu'il avait derrière la tête.
Sa faim revint d'un coup, et son ventre lui fît tellement mal qu'elle faillit se plier de douleur, ce qui lui rappela qu'elle n'avait pas mangé depuis longtemps.
- Dites... Vous pourriez me donner de quoi manger et boire ? Ce n'est pas que je vais mourir si je ne fais rien, mais presque... demanda-t-elle timidement.
L'homme lui tendit une pomme qui venait de sa poche droite et la gourde qu'il retenait à sa ceinture.
- Mangez ça, dit-il simplement.
Evlyn l'engloutit et but tant qu'elle put.

Ils se mirent alors en route. Il ne fallait pas traîner : ils avait déjà perdu trop de te Davin paraissait assez curieux de la provenance de notre fille perdue, et lui posait quelques questions.
- Dites-moi, d'où venez-vous ?
- Vous ne me croiriez pas si je vous le disais, grogna la jeune femme qui n'était pas disposée à révéler cela à son compagnon provisoire.
- Très bien... dit-il, un peu déçu. Pourquoi êtes-vous ici ?
- Je me suis perdue.
- Et où alliez-vous ?
Evlyn resta interdite face à cette question. Que devait-elle répondre ? Elle n'allait nul part, puisque elle était arrivée ici par erreur. Mais si elle lui disait cela, il y avait de grande chances que l'homme la prenne pour une folle. Il fallait mentir, mais elle ne savait pas du tout le faire... Dépitée, elle finit par laisser tomber la diplomatie et choisir la carte de la réponse agressive.
- Je ne vois pas pourquoi je vous le dirais. Ça vous regarde ?
Face à cette réponse plutôt... épicée, Davin ne se décontenança pas. Il n'avait pas vraiment l'habitude d'interroger des gens, puisqu'il tuait plus qu'autre chose, mais il avait acquit une grande patience au cours de ces années de combats et de privations. Et, sans mentir, l'inconnue en face de lui l'intéressait tellement que rien ne pouvait le fâcher. Il l'allait l'avoir sa prime !
- Vous avez raison, ça ne me regarde pas, mais j'aurais aimé le savoir tout de même. Une jeune femme comme vous ne devrait pas voyager seule.
L'intéressée soupira, consciente que sa colère montait. Si on était vraiment au Moyen-Âge, comme le confirmait tout les dires de cet homme, les femmes n'avaient pas coutume de se perdre dans les forêts. Elles restaient plutôt chez elle à coudre et à s'occuper de la marmaille, et elle détestait qu'on la compare à ces femmes là, qui pour elle venaient d'une époque révolue et auxquelles elle ne ressemblait guère. Elle se retint de justesse de sortir une pique bien placée à l'adresse de l'homme et finit par dire d'un ton sec :
- Dans mon pays, les femmes peuvent voyager seules. Elles ne sont pas considérées comme des bêtes, si vous voyez ce que je veux dire.
Davin rit bruyamment aux paroles de la jeune femme et s'exclama :
- Oh, mais vous m'avez l'air d'être sacrément culottée ! Nous ne considérons pas nos femmes comme des bêtes, la preuve, elles ne sont pas à l'étable. Nous préservons juste leur beauté et... leur fragilité, voilà tout. Et même si dans votre pays vous pouvez voyager seule, il faut respecter la loi de mon pays puisque vous y êtes. Alors vous ne pouvez pas voyager seule. Des brigands risquent de surgir et de vous enlever ou de vous voler votre... drôle d'accoutrement, finit-il par dire en regardant le t-shirt et le short d'Evlyn, qui ne correspondaient guère à cette époque, avec un grand sourire qui faisait presque peur.
La jeune femme prit soudain conscience de ses habits qui n'étaient pas du tout en accord avec l'époque médiévale, ce qui ne jouait pas du tout en sa faveur. Il fallait qu'elle trouve une excuse avant d'être accusée de sorcière ou d'autres choses bien peu recommandable en cette période de l'Histoire.
- Ah ! Euh... mes habits ? Ce sont des vêtements traditionnels, ils viennent de mon pays, et heu... On les donne aux voyageurs, pour qu'ils gardent un certain confort à la marche, parce que des jupons et des hauts brodés, pour voyager, c'est pas forcément la meilleure des choses, et pour les hommes, les habits de tissus fins, c'est pareil.
Elle sentait que son explication était bancale, d'autant plus pour le guerrier qui avait vécu et qui avait dû lui-même beaucoup voyager. Elle ne put que le maudire en pensées pour ses questions qui la coinçaient une fois sur deux mais surtout pour sa propre stupidité qui l'avait poussée à accepter son offre sans réfléchir.
- Très bien, dit-il, bien qu'il n'avait pas l'air convaincu. Et comment s'appelle ce pays dont vous revendiquez tant les coutumes ?
La jeune femme avait l'impression de tourner en rond. Cet homme avait l'air décidé à lui faire cracher le morceau. Sauf que ça ne se passerait pas comme ça. Elle n'était pas du genre à se laisser faire, et s'il fallait crier, elle crierait. Elle essaya de paraître le plus calme possible et marmonna :
- Je vous ai déjà dit que vous ne me croiriez pas si je vous le disais, ce qui signifie que je n'ai aucune envie de vous le dire. Si vous n'avez pas compris la première fois, je peux vous le répéter autant de fois que ce sera nécessaire.
Davin se tut et ils marchèrent dans un silence de plomb, presque angoissant, jusqu'à la ville.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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