la-sourceLa source - chapitre 1 - séance d'observation 

vendredi 26 décembre 2014 par eclia fantastique
Evlyn était assise sur un petit rocher, dans un parc, carnet et stylo à la main, comme chacun de ses week-end passé seule. Elle observait les gens, leur manière de parler, leurs faits et gestes. Elle détaillait les arbres, les petits oiseaux qui s'y perchaient, leur chant mélodieux ainsi que les fleurs blanches qui parsemaient la pelouse en se balançant au gré de la brise. Le moindre détail était noté sur sur son carnet, jusqu'au vieillard qui se grattait le nez après avoir donné à manger aux pigeons semblant effleurer le surpoids. La plus infime particularité lui servirait, tôt ou tard, à étoffer son univers, même s'il n'avait pas grand chose en rapport avec le monde que nous connaissons.
En effet, la jeune femme s'était créé un monde entier, avec ses us et coutumes, ses paysages, ses propres croyances, ses politiques... Un monde qu'elle mettait en scène au travers de nombreuses nouvelles de type fantasy. Écrire était son activité favorite, un hobby qui lui permettait de se détendre entre la recherche d'un boulot pas trop mal payé et ses efforts pour être un tant soit peu sociable avec les gens.
Evlyn préférait de loin la solitude à la compagnie, un peu comme un chat. Elle n'arrivait absolument pas à comprendre les autres et leur manière de penser. Leur esprit était si tortueux, si changeant, si imprévisible ! C'était bien une des seules choses qu'elle n'arrivait pas à cerner pendant ses séances d'observations. C'était aussi une des raisons pour lesquelles ses personnages adorés finissaient toujours par lui échapper. La jeune femme préférait les choses plus « rationnelles » : un paysage, un bruit... Ce que tout le monde pouvait voir et entendre. Les choses communes. Concrètes.

La jeune femme à la chevelure noire vaquait donc à ses occupations quand elle remarqua une sorte de craquelure au milieu d'un petit muret. La fissure n'était pas là depuis longtemps, elle en aurait juré. Elle se demanda ce que c'était, si un effondrement se préparait et qu'il faudrait donc changer d'endroit et prévenir les services d'entretien de la ville ou si c'était autre chose. Un animal qui aurait frappé la pierre à coup de sabot par exemple, peut-être même gros comme un sanglier qui serait passé. Dans son petit village du sud de la France, c'était tout à fait possible, après tout, même s'ils n'étaient pas dans leurs habitudes de se balader en ville et de frapper des murs.
L'observatrice se laissa glisser jusqu'au pied du rocher, et, toujours carnet et stylo à la main, s'approcha de la fissure. Elle était assez grande : au moins 5 centimètres de large sur 50 centimètres de long. Elle semblait assez profonde ; les magnifiques yeux sapins de la jeune femme n'en virent pas le fond, malgré les efforts de cette dernière. Elle appuya doucement avec sa main droite à côté de la faille, à sa gauche. C'était étrangement mou. Pas mou comme de la confiture ou une autre substance de ce genre, non, mou comme de la terre qui se serait mouillée et qui était en train de se durcir à nouveau, de revenir dans son état initial. Un peu comme une sorte d'argile. C'était une sensation très spéciale, d'autant plus que la jeune fille s'attendait à rencontrer sous ses doigts fin une pierre dure et sèche, comme elle aurait dû l'être, sur un muret qui était censé pouvoir résister aux tempêtes et aux intempéries.
Elle appuya plus fortement au même endroit, avec ses deux mains cette fois, déposant son carnet et son stylo au sol. Cette drôle de substance l'émerveillait et sa curiosité avait vite repris le dessus : elle adorait découvrir de nouvelles choses.
Quelle ne fût pas sa stupeur quand elle constata que ses deux mains étaient restées coincées dans la pierre ! Elles s'étaient enfoncés profondément et ne pouvaient plus en sortir. Pourtant, la pierre était restée identique, et ses mains auraient dû pouvoir ressortir. C'était étrange et enflammait sa curiosité, même si elle avait la drôle d'impression qu'elle allait rester coincée ici jusqu'à ce qu'un passant bienveillant veuille bien la délivrer...
Après une réflexion de quelques minutes durant laquelle elle se demandait s'il était bon d'appeler à l'aide ou non, elle décida de n'appeler personne et de s'enfoncer un peu plus dans la pierre. C'était vraiment stupide, car elle pouvait très facilement y laisser sa vie et finir emmurée dans le muret. Elle enfonça alors sa jambe droite dans la pierre, et, s'apercevant qu'elle restait également coincée, fît de même avec sa jambe gauche. Elle se sentait idiote. Jamais elle n'aurait fait ça si sa curiosité ne l'y poussait pas.

Puis, contre toute attente, la pierre commença à l'aspirer. Quand elle sentir que la pierre, par un moyen relevant de sorcellerie, l'emmenait sous terre, elle eut tout juste le temps de tourner dans un angle improbable pour saisir son carnet par la bouche, qui était miraculeusement accessible de là où elle se trouvait. « Tant qu'à mourir, autant mourir avec mes nouvelles, puisque elles n'intéressent que moi » pensa-t-elle.

Mais elle ne mourût pas. Elle n'était même plus emmurée.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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