mes-ecritsEvlyn 

samedi 25 octobre 2014 par eclia nouvelle
Evlyn se levait d'une courte nuit passée à cauchemarder et à se retourner dans son lit. De plus, il avait fait plutôt chaud, ce qui n'avait pas aidé du tout. La jeune femme regarda son réveil : on était samedi et il était 8 heures du matin.

Elle partit en direction de sa salle de bain, où elle arrangea ses cheveux en tresses, la seule manière qui lui plaisait pour faire tenir ces foutus cheveux qui avait tendance à partir un peu dans tout les sens, et se lava les dents, prenant sa douche au passage.

Elle en sortit fraîche et prête pour une nouvelle journée emplie d'observation et d'écriture. Evlyn attrapa son carnet, son stylo, et à neuf heures du matin, elle alla au parc près de chez elle, s'assit sur un banc, et se mit à observer.

Elle regardait les arbres, les fleurs qui commençaient doucement à s'éveiller, encore arrosées par la rosée, les oiseaux qui cherchaient à manger, non sans se méfier de la jeune femme, la vieille femme qui y faisait sa promenade matinale, toute courbée et marchant avec peine... Tout ce qui pourrait l'aider, de près ou de loin, à écrire, faire cette chose si chère à son cœur qui lui permettait de se vider, même si ce n'était que de brèves nouvelles complètement fantaisistes d'une ou deux pages, qu'elle gardait pour elle.

Evlyn fît ceci pendant toute la matinée. On aurait pu croire que cette observation était horriblement ennuyeuse, mais pas du tout. Elle y trouvait son compte, comme certains le trouvaient en regardant la télé toute la journée. C'était une manière comme une autre de passer le temps et de s'enrichir d'idées nouvelles et de façons de vivre.

Puis l'après-midi, après une courte pause déjeuner, elle réitérait l'opération, mais cette fois en écrivant. Toujours dans son parc, elle écoutait et essayait de donner vie à ses personnages qui étaient jusque là dans sa tête. Elle s'appliquait à les voir à côté d'elle et à accomplir le texte qu'elle leur avait assigné. C'était un peu comme des acteurs de cinéma. De temps en temps, quand elle se concentrait vraiment, Evlyn y arrivait, et là, une écriture ininterrompue d'une après-midi entière commençait, où elle enchaînait petite nouvelle sur petite nouvelle. Un vrai bonheur !

Sauf que cet après-midi là, un petit garçon, d'une huitaine d'années, vint la déranger pendant qu'elle écrivait, curieux. Il ne connaissait pas grand monde qui faisait cela, et qui, en plus, était là tout les week-ends, à chaque fois qu'il venait jouer ici. Sans même dire bonjour, il s'approcha et commença à lui parler.
— Dis, qu'est-ce que tu fais ?
— J'écris, marmonna la jeune femme, qui n'avait pas l'envie ni le temps de parler à l'enfant.
Le garçon parut étonné de cette réponse, qui ne lui était pas commune, et continua a poser ses questions.
— T'écris quoi ?
— Ça te regarde petit ? Va jouer au toboggan là-bas, grogna Evlyn, qui ne tenait absolument pas à répondre au morveux qui la déconcentrait.
L'enfant la regarda plus intensément. Il ne savait pas dire s'il était vexé ou encore plus curieux. Il avait l'habitude de manger dans les pommes qui lui étaient défendues, après tout.
— Pourquoi tu veux pas me le dire ? C'est si secret que ça ?
— Je t'ai dit de dégager. Va voir ta maman et demande-lui, dit-elle, en levant le nez de son cahier et en le regardant, agacée.
Le petit garçon parût triste à l'annonce de cette "maman". S'ensuivit un petit silence auquel il finit par dire, d'une toute petite voix :
— J'ai plus de maman. Elle est partie au ciel. Comment tu veux que j'aille la voir ?
La jeune femme se radoucit tout de suite, se rendant compte de sa terrible erreur. Elle ne pouvait pas savoir, mais elle détestait faire du mal aux gens, même si elle ne les appréciait pas particulièrement. Elle en avait assez vécu, de ce mal, pour ne pas le vouloir aux gens. Et surtout pour un enfant de même pas dix ans.
— Viens là, finit-elle par dire après un petit silence. Assieds-toi là, à côté de moi. Je vais te raconter une petite histoire. Comment t'appelles tu ?
— Je m'appelle Benjamin, répondit le garçon, toute ouïe.
— Très bien Benjamin, écoute-moi. Je vois que ça te rends énormément triste, la perte de ta maman. J'ai un petit garçon, dans cette nouvelle-là -elle montra ce court passage du doigt- qui a aussi perdu sa maman, dans un incendie, que des méchants hommes avaient provoqués. Il s'est retrouvé tout seul, avec son papa, mais il n'avait pas vraiment d'atomes crochus avec lui. Tu l'aimes bien ton papa ?
Benjamin soupira et dit :
— On ne se parle quasiment jamais depuis que maman est partie, je ne lui parle plus. Il m'énerve à chaque fois qu'il ouvre sa bouche.
— Eh bien, ce petit garçon là, tu sais ce qu'il a fait ? Il s'est rapproché de son père. Il a essayé de le voir autrement qu'une personne qui crie et qui applique des règles. Il l'a vu comme une personne qui pourrait l'aider à surmonter son chagrin, parce que c'était son enfant et que pour lui, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Et mon histoire se finit bien, parce que les deux compatriotes sont réconciliés, et ont pu faire leur deuil, ensemble. Tu vois, tu devrais faire ça toi aussi, au lieu de perdre ton temps avec mes histoires sans queue ni tête.
— Je veux bien essayer mais... comment tu savais ça ?
— Une simple intuition. Ça se voit sur ta tête, que tu es tout seul et livré de moitié à toi-même. Va voir ton papa maintenant.

Après une brève approbation de la tête, Benjamin partit et Evlyn se remit à écrire, heureuse d'avoir pu aiguiller un peu cet enfant dans le droit chemin et d'avoir peut-être évité une enfance gâchée, tout ça grâce à ces écrits, qui lui avaient servis, pour une fois.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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