-sans-titre[sans titre] - chapitre 4 

dimanche 22 novembre 2015 par eclia
Les heures s'égrènent et je suis toujours l'homme qui m'a dupée. Je suis partagée entre la colère et la peur. Qui-est-t-il ? Que me veut-il ? Pourquoi me connaît-il ? Autant de questions sans réponses qui se bousculent dans ma tête.
Je sais que je devrais lui parler, même si je ne sais pas s'il me répondrait, mais, bizarrement, je n'en ai pas envie. Il a déjà été capable de me mentir sans que je m'en rende compte, et je ne vois pas pourquoi il ne le referait pas si une question le dérange.
Nous marchons toujours tout droit. De temps en temps, il s'arrête, regarde sa montre et bifurque. Je me demande ce que sa montre a de si particulier. Peut-être regarde-t-il l'heure, mais vu les circonstances actuelles, ça ne m'étonnerais pas qu'elle soit en fait une super-machine-d'orientation. Je soupire. Je perds la tête. Vraiment.
Il m'a dit que mes questions trouveront réponse. Oui, mais par quel moyen ? Ça aussi ça m'effraie. J'ai peur qu'il me fasse mourir dans ma mort. Si seulement c'est possible.

Le trajet se déroule sans histoires. Moi avec mes pensées, lui avec son rôle de chien de berger guidant le mouton perdu. C'est vraiment l'impression que j'ai.
Finalement, je distingue au loin ce qui pourrait s'apparenter à une pièce, meublée. Elle me semble diffuse. On dirait que le brouillard a envie de me la montrer mais qu'il n'en a pas vraiment le droit, ou le contraire. Oui, maintenant j'en arrive à la conclusion que le brouillard a une âme. Quand je disais que je perdais la tête !

Plus on avance, et plus la pièce est nette. Maintenant je distingue ses murs blancs et son lit d'hôpital. Curieusement, l'endroit s'apparente énormément au style de monsieur. Je n'y prête pas trop cas sur le moment tant je suis à l'ouest.

Quelques instants après, je suis dans la pièce en compagnie de l'homme.
– Couche-toi dans le lit, m'ordonne-t-il. C'est important.
Je n'aime pas beaucoup sa directive mais je m'exécute quand même, histoire de ne pas le froisser.

Et là…
Presque aussitôt, je sens une chaleur cinglante m'envelopper. Ça me fait mal, comme si on m'appliquait un énorme fer sur tout mon corps. L'homme se penche vers moi et me parle doucement, mais la douleur est telle que je ne comprends rien.
Un à un, mes sens s'activent avec une intensité qu'il n'avaient plus atteint depuis ma mort. Complètement maîtrisée par eux, les choses m'arrivent dans le désordre. Je crois que gémis.
Ma vue finit par se troubler.
Quelques temps après, la brûlure s'en va, comme si je m'y étais accoutumée, et je me sens lourde. De plus en plus lourde. Je me sens écrasée par mon poids. Je ne vois plus mon corps, ma vue ne se résume qu'à quelques formes colorées et floues.

Puis je perds conscience.

Je me réveille dans un hôpital. Ma vue me revient d'abord floue. La première chose dont j'aperçois les contours est mon fils, Enrik, qui me regarde avec des yeux ronds d'étonnements, la bouche grande ouverte. A côté de lui, je vois l'homme qui était avec moi. Il arbore un sourire satisfait.
Je ne retrouve pas toute ma tête d'un coup, mais une chose me saute aux yeux : je n'ai plus vraiment l'impression d'être morte. Je ressens le poids de mon corps, la texture des objets, la lumière, les odeurs avec dix fois plus d'intensité que quelques temps plus tôt.
Ma vision devient nette deux minutes plus tard, assez pour que je me rende compte que je me trouve toujours dans la même pièce. Une chambre d’hôpital en fait. Sauf que celle-ci n'est plus ouverte sur le côté, comme un quart de pièce, mais est fermée de tout les côtés. Ses murs blancs immaculés me rendent mal à l'aise.

Je reporte mon regard sur mon fils et pose la sempiternelle question de tout inconscient :
– Enrik, où suis-je ? Qu'est-ce que je fait là ? Enfin, je suis dans un hôpital, le même que celui de mon rêve, mais… tu n'étais pas là. Et lui par contre…
A ce moment-là, je montre le docteur du doigt et un détail me saute aux yeux : mes rides ont disparues !
Étonnée et inquiète, j'avance la main devant mon visage. Ce n'est pas une blague, les rides se sont vraiment faites la malle. Ma peau est devenue douce et jeune comme elle ne l'avait jamais été. Je suis effrayée par cette découverte. Comment on-t-il pu réussir ce prodige ? Pourquoi ont-il fait cela ? Je n'ai jamais été une fétichiste des mains, mais je dois dire que les voir comme ceci me fait chose. Je les aimais bien, moi, mes petites mains toutes ridées, abîmées par l'âge, tremblotantes et toutes fragiles !
La plupart des personnes existantes ou qui ont existé sur cette planète haïssent leur personne une fois vieux. Moi, c'est tout le contraire. Même si la vie quotidienne et la routine ont englouti pendant longtemps ma moindre once de joie de vivre, mon corps a toujours été une source de satisfaction étrange à mes yeux. J'ai toujours aimé le voir grandir et plus tard vieillir, comme un témoignage de mon temps passé sur Terre. Et plus tard, un compte à rebours du temps qu'il me reste à vivre… Je soupire. Je préférais quand j'étais morte. Au moins mon pessimisme légendaire s'était tut. J'espère profondément que ce ne sont que mes mains qui ont rajeunies, si bizarre cela puisse-t-il être.
C'est à ce soupir qu'Enrik décide de me répondre.
– C'est une longue histoire maman, une très longue histoire, et pour tout te dire, je n'ai pas envie de tout te raconter. Saches que tu es, comme tu le dis si bien, dans un hôpital, mais pas n'importe lequel. Tu es à Paris, et ce bâtiment est le seul endroit où l'on pratique la transmigration des âmes. Et si tu as vu ce docteur dans ton rêve, c'est parfaitement normal, on t'expliquera quand tu sera en l'état de comprendre.
Il y a un mot qui me laisse perplexe « transmigration des âmes ». Ce mot m'inspire un truc pas très éthique, quelque chose de mal, d'ésotérique. Je me demande où je suis tombée.
Je regarde toujours ma main, maudissant Enrik qui ne veux pas m'en dire plus.
– Et pourquoi mes mains ne sont plus ridées ?
– Tu comprendras.
– Le reste aussi n'est plus ridé, je suppose ?
– Tu verras.
– J'étais morte il y a à peu près dix minutes, tu sais.
A ces mots-là, il ne répond rien et baisse la tête. J'ai l'impression d'avoir touché le point sensible de mon garçon. Je ne dis plus rien, mais je suis vraiment partagée entre la peur et la colère face à mon fils qui m'a ramené manifestement d'entre les morts.

L'homme qui s'était écarté pour nous laisser parler revient peu après. Dans ses mains, il y a une piqûre et il a un regard un peu trop étrange, malgré son sourire chaleureux. J'essaie de me lever mais je me rends compte que je ne peux bouger que mes bras. Le reste est complètement bloqué. Je suis affreusement tendue. L'homme s'avance vite, et très vite, me pique avec son médicament. Il me dit « Ne vous inquiétez pas, tout vas très bien ».
Je me rendors.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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