-sans-titre[sans titre] - chapitre 3 

lundi 17 août 2015 par eclia
Je déambule dans les rues, excitée mais aussi inquiète à l'idée de ce que je vais trouver. Je ne prends pas garde aux passants, et j'en bouscule plus d'un sans même m'excuser, allant droit vers ces fameux lotissements.
Je ne pense plus qu'à ça, et au brouillard blanc que j'avais aperçu dans le parc. Les questions se bousculent dans mon cerveau fatigué par autant de réflexions, questions auxquelles je ne prends même pas la peine d'essayer de répondre. Je ne veux qu'une seule chose : une réponse. Et j'ai le sentiment que cette réponse est quelque part dans ces lotissements. Peut-être était-ce devant mes yeux depuis le début…

Les rues se succèdent jusqu'à je ce que je me retrouve à quelques mètres de mon but. La première chose qui me frappe est que le brouillard est toujours présent, englobant tout, de sorte à ce que je ne puisse rien voir de ce qu'il y a là-bas.
Je finis par m'arrêter net au pied du nuage. Il n'est pas franchement engageant, et je ne distingue absolument rien.

Je ne peux que repenser à toutes ces histoires où les personnages se retrouvent dans un blanc total où ils se perdent. Drôle de pensée, mais qui ne m'est franchement pas rassurante. Je me maudis intérieurement puisque ce que je sais pertinemment que je vais m'engager dans le nuage d'une façon où d'une autre. Il vaudrait tout de même mieux avancer sans que « l'exciquiétude » ne prennent pas plus le pas sur moi, et se transforme en une « peur aiguë ».
Je prends un peu sur moi et pénètre dans le brouillard. Comme je m'y attendais, on ne distingue plus rien une fois rentré dedans, à part les contours flous de l'endroit que je venais de quitter. Ça a la consistance d'une fumée de cheminée, mais ça ne rentre ni dans le nez ni ne fait tousser. Un mot me vient à l'esprit quant à la nature de la chose : « fantomatique ». C'est une sorte de brouillard fantôme.
Je frissonne. L'air n'est pas plus froid que d'habitude, il est même plutôt tiède en ce doux printemps. C'est le mot que je viens de trouver, cette évidence qui me saute aux yeux qui m'effraie. L'impression soudaine de se retrouver en plein cœur d'un fantôme géant, et la quasi certitude de ma mort qui m'envahit.

Je prends sur moi encore un peu plus et me risque à avancer au hasard. « Au hasard » est bien le mot : je ne distingue aucun contour, aucun objet. J'ai l'impression de marcher dans du vide, ne rencontrant aucun obstacle qui pourrait m'empêcher d'avancer. Je repense encore une fois à mon petit couloir tout noir, et je note quelques similitudes avec lui, notamment son atmosphère aveuglante. Son vide d'objets marque aussi un point sur le panneau des concordances. Mais c'est tout. Ni sa couleur, ni même son ambiance ne ressemble à l'autre endroit.
Je marche pendant ce qu'il pourrait me sembler des heures. Depuis le temps, je ne vois même plus les contours de la rue que j'ai quitté, me semblant d'un coup l'endroit le plus accueillant du monde. J'ai presque perdu la notion du temps et de l'espace, marchant tout droit, et de temps à autre changeant de direction. Je ne sais même pas si je tourne en rond : tout se ressemble ! Je n'en sais pas plus sur la possibilité d'une sortie, lointaine ou non. Je suis complètement perdue.
Je me demande si je vais rencontrer quelque chose un jour. Tout me passe par la tête, de la chose la plus logique à la plus irréaliste. Je pense même à un dragon ! Arrivant à cette pensée, je ris doucement. Comme le disait si bien Enrik, je perd la tête. Je me reprends vite de cette pensée macabre en me disant que n'importe qui perdrait la tête s'il vivait ce que je vis en ce moment.

Un peu plus tard, j'entends une voix qui m'appelle par mon nom. Une voix d'homme, qui emplit tout l'endroit dans lequel je me trouve, comme si elle venait du ciel.
Mon cœur manque un battement quand je l'identifie. C'est mon mari ! Du moins, j'ai l'impression. J'essaie d'amorcer la discussion.
– Où êtes-vous ?
– Je ne le sais pas moi-même, répond la voix. Je vous entends à ma droite. Essayez de vous diriger au son de ma voix.
Il ne pouvait pas m'arriver pire ! Comment je pourrais m'orienter au son de sa voix si je n'arrive même pas à savoir d'où elle vient ? Elle est tellement diffuse que j'ai l'impression de l'entendre partout. Et avec sa droite, je ne pourrais pas le rejoindre. Je ne sais pas où il est et dans quelle position exacte, ce qui rends toute tentative vaine. A moins d'un coup de chance énorme, ce dont je doute fort.
Je tape du pied rageusement, frappant dans mon imagination la malchance qui m'a conduite jusqu'ici. Je me résous à lui dire, non sans colère.
– Comment voulez-vous que je vous trouve avec ces seules indications ?! Votre voix ne provient d'aucune direction et la direction de la mienne ne me dit pas dans quelle orientation vous vous tenez. Je crois qu'il est impossible de nous rejoindre.
La voix met quelques secondes avant de parler. Peut-être réfléchit-elle.
– Ayez confiance, je vais vous trouver, moi. Surtout n'arrêtez pas de parler.
Sans m'arrêter, j'obéis et je lui parle de tout et de rien, passant de la météo à mon périple dans la mort.

Au bout de quelques minutes, j'aperçois un corps qui s'avance vers moi dans le brouillard, une forme noire. Mon cœur bat à toute allure. J'ai la forte impression que cette personne n'est autre que mon mari. Je suis peut-être morte et sa voix y ressemble fortement. Je suis prête à lui sauter au coup dès qu'il est à ma portée. J'arrête de parler.
Un pied devant l'autre, il avance d'un pas tranquille. Il n'est pas pressé et me fait signe de la main. Je lui réponds pour lui signifier que je l'ai bien vu.
Après un laps de temps plutôt court mais qui m'a paru interminable, sa silhouette sort du brouillard et je peux enfin discerner la personne qui se trouve maintenant en face de moi.

Toute mon excitation descend d'un coup. Cette personne n'est pas mon mari, à défaut d'avoir une voix aussi douce que lui.
Vêtu d'une blouse blanche, il pourrait ressembler à un docteur. Ses cheveux très courts et noirs sont coiffés soigneusement avec du gel et il me regarde dans les yeux comme s'il scrutait la moindre parcelle de mon âme. « Pareil que le cygne » me dis-je. Je n'arrivais pas à détourner mon regard de ses yeux marrons indéchiffrables. Il est plutôt grand et costaud. Il me sourit poliment.
– Vous voici donc. J'ai fini par vous retrouver. Venez, suivez-moi. Je vais vous emmener dans un lieu plus sûr que cet endroit.
Sa voix a beau être douce et rassurante, je n'ai aucune envie de le suivre. Je recule, m'arrachant à ma contemplation et lui jetant un regard mauvais. Je finis par me taper contre un mur. Étonnée, je me retourne. Il est blanc comme un mur d'hôpital. Ma peur grandit. Cette personne aurait-elle le don de faire apparaître des murs ?
– Je ne vous suivrais pas, je suis bien ici !
J'ai beau mentir à ma dernière affirmation, je pense vraiment être mieux ici que dans l'endroit étrange où il m’emmènerait. J'ai peur, vraiment peur. Mes mains ridées tremblotent. L'homme ne se décontenance pas, comme s'il était totalement habitué à voir cela.
– Suivez-moi. Je ne vous ferais aucun mal. Vous pourrez repartir si ça vous chante, et… vos questions trouveront une réponse.
Sa dernière affirmation me laisse pantoise jusqu'à ce que je me rappelle que je lui avais raconté tout mon périple et mes pensées quand il me cherchait, pensant que c'était mon mari. Ma peur grandit et je rétorque, paniquée :
– Vous n'en savez pas plus que moi ! Je n'ai aucune envie de suivre quelqu'un que je connais ni d'Eve ni d'Adam ! Et si seulement vous aviez des réponses, je ne voudrais pas les entendre de votre bouche, dans un lieu que je ne connais pas non plus. Je ne vous fais aucune confiance, au-cune !
Je détache ce dernier mot syllabe par syllabe en espérant qu'il abandonne et me laisse tranquille. Absolument pas.
– Vous savez, je ne vous suis pas totalement inconnu. Je vous connais. La preuve : je vous ai appelé par votre prénom, Hélène. Je connais votre fils, et il m'a beaucoup parlé de vous.
Mon sang se glace. Je ne connais pas la moitié des relations d'Enrik. Je ne m'y étais jamais intéressée, et je n'ai aucune idée de leur aptitude à être de bonnes personnes. Je ne sais pas si je peut leur faire confiance.
– Ce n'est pas parce que vous connaissez Enrik que moi, je vous connaît, et encore moins que j'ai confiance en vous.

L'homme à la blouse blanche ne se dégonfle pas.
– Si vous continuez, je vais devoir faire appel à la manière forte. Ici, personne ne peux nous voir et si j'ai envie de vous forcer à venir, personne ne sera témoin pour venir faire un rapport à la police pour cause « d'enlèvement ».
Malgré son agacement apparent, il reste poli.
Je n'ai pas envie de me faire traîner jusqu'à son lieu étrange. Je suis beaucoup trop vieille pour endurer ça, et je risquerais de me faire mal en route, ce qui ne serait pas appréciable à mon âge. Je finis par me résigner.
– Très bien, vous avez gagné, je vous suis. Je ne sais pas dans quoi je me lance, mais sachez que je ne vous fais aucune confiance.
Un éclat victorieux brille dans le regard de l'homme. Il me sourit poliment, acquiesce et commence à marcher dans une direction bien précise en faisant signe de me suivre. Il sait où il va, ce qui me dérange par rapport à tout à l'heure où il ne savait rien de l'endroit. Étrange.
Une pensée traverse mon esprit, c'était peut-être juste pour que je lui raconte ma vie, histoire de savoir quoi me dire au moment de la rencontre. Je soupire. Mon pseudo compagnon a l'air d'avoir du plomb dans la cervelle. Dommage.

Je suis donc l'homme docilement, dans le plus grand silence, pendant qu'il m'emmène supposément à l'endroit où j'aurais des réponses sur ma mort, sans pour autant être sûre de son honnêteté. Je me sens vraiment idiote et sans aucun courage.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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