-sans-titre[sans titre] - chapitre 2 

lundi 20 juillet 2015 par eclia
Je marche d'un pas décidé dans les rues, ignorant les quelques troupeaux de personnes qui avancent tous dans la même direction comme des zombies. L’œil à l'affût de toute chose inhabituelle, je fixe chaque détail de mon environnement.
J'ai une petite idée de l'endroit où je veux aller. Un peu plus haut, deux ou trois pâtés de maisons plus loin, se trouve un parc un peu en hauteur duquel j'aurais une vue d'ensemble de l'endroit.
Je ne sais pas vraiment pourquoi je veux partir dans les hauteurs. C'est un endroit où je me promenais souvent. Il est assez spacieux et offre une belle vue de ma ville grisonnante. C'est un peu le seul coin de verdure du coin, bien qu'il n'y a jamais beaucoup de monde là-bas.
Les rues se succèdent et le temps passe. Rien ne semble changer et tout est identique à d'habitude : la circulation, les panneaux tagués, les quelques gendarmes espérant donner des PV, les gens qui regardent par terre, les arbres…
Plus j'avance et plus j'ai l'impression de devenir folle. Comme si je cherchais la petite bête dans cet endroit qui ne peut être autre chose que la réalité. Comme si je me persuadais du contraire pour je ne sais quelle raison. Je ne sais pas si cette impression de folie n'est au contraire qu'un instant de clarté, mais ça m'est suffisamment insupportable pour que je me force à arrêter de penser à ce genre de choses-là. Je me creuse beaucoup trop la tête pour une situation que je ne peux ni changer, ni comprendre avec le peu d'information à ma disposition.
Pour éviter de penser à tout ça, je commence à dévisager les gens qui passent dans la rue à côté de moi. Certains lèvent la tête à la vue de mon regard, l'air de dire « Qu'est-ce que vous voulez ? » ou pire encore, me regardent de travers. De rares personnes m'adressent un sourire chaleureux. La plupart m'ignorent totalement. Je reconnais bien là les gens de ma bourgade. Beaucoup d'antipathie et d'individualisme. Tout ce que n'aime pas une vieille grand-mère stéréotypée de quatre-vingt-dix balais, mais qui moi, ne me dérange pas plus que ça. Finalement, j'ai l'air aussi aigrie que tout ces gens avec mon air de perdue suspicieuse.
Un jeune homme retient particulièrement mon intention. J'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part. Ses cheveux courts et blonds, sa petite taille et ce nez assez... unique me disent vaguement quelque chose. Il est jeune, pianote sur son téléphone et, logiquement, ne me voit pas. Dans une ville de soixante milles habitants c'est assez rare de revoir deux fois le même inconnu, même si c'est tout à fait possible. Je le perds assez vite de vue puisqu'il tourne brusquement à l'angle d'une boutique à la vitrine aux couleurs criardes.

J'arrive finalement au parc un quart d'heure plus tard. Le portail en fer noir s'ouvre tout seul devant moi. Comme toutes les fois où j'y pénètre, cette porte me fait sourire. Les constructeurs ont vraiment eu une drôle d'idée d'incorporer ce système de détection. Tout ça pour limiter les accidents de la route suite à des fonçages dans le parc en pleine nuit, qu'ils disent ! Moi je pense juste que ces pauvres voitures se font exploser par le portail, et qu'ils ont fait ça non pas pour limiter les risques humains mais bien pour garder la pelouse intacte.
Bien que ce parc soit en plein milieu d'un carrefour avec beaucoup de circulation, on peut y trouver assez de quiétude pour se détendre en plein air. De grands arbres abritent quelques pigeons, et quelques personnes âgées leur donnent à manger. Des enfants s'amusent dans les jeux prévus à cet effet sous les yeux inquisiteurs ou plus amusés de leurs parents. Je repère un banc vide et je m'y assois, observant ce qu'il se passe autour de moi. J'ai devant moi la magnifique vue que j'étais venue chercher. Enfin, magnifique, tout est relatif, puisque voir des immeubles gris n'est pas vraiment la plus belle chose au monde. Ce n'est qu'un amas d'immeubles de quartier parsemés d'arbres et de routes déprimantes.
Des pleurs me tirent de ma rêverie et je soupire. Je me retourne et c'est bien ce que je pense : un gamin s'est fait mal. C'est assez commun dans ce parc. A croire qu'il dégage des énergies qui les font tomber. Très vite sa mère accourt et tout revient dans l'ordre.
Je reviens à ma vue et quelque chose me surprend. Un brouillard assez épais se trouve au loin. Pourtant, le ciel est bleu et il n'y a absolument pas de nuages. Là-bas, le ciel est brutalement très blanc et on ne perçoit pas les lotissements qu'il y a là-bas en théorie, endroit où je ne suis jamais allée.
Instinctivement, je comprends que je tiens une piste. Cette bizarrerie est juste impossible en vrai. Cette coupure est beaucoup trop brutale, comme si on avait découpé au ciseau une partie du paysage. Ce n'est pas normal, et c'est peut-être la chose qui va me prouver que je suis bien morte, et que là où je me tiens n'est qu'une pâle copie de l'originale.
Je décide de m'y rendre immédiatement, à la fois inquiète, curieuse et soulagée de savoir ce que j'allais y trouver, espérant y trouver une vraie réponse et non pas juste une hallucination dû à ma vieillesse. Hallucination qui serait grotesque, je vous l'accorde, mais tout de même possible.
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photo de l'auteur“Jeune fille passionnée par l'écriture et la lecture, j'ai créé ce blog afin de partager ma passion, tout simplement.”

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